Blues Feelings : tout d'abord, j'aimerais que vous vous présentiez Charlie Sayles : Mon nom est Charlie Sayles, je viens du Massachussetts, j'ai 55 ans, je suis né en 1948. Je suis venu au blues juste après mon retour de la guerre du Vietnam, il y a quelques années
J'étais perturbé, j'avais besoin de mettre de l'ordre dans ma tête, de me changer les idées. A mon retour du Vietnam, j'ai entamé un autre combat, je ne luttais plus contre un ennemi mais pour me faire une place dans la société. J'avais perdu tous mes repères, je ne savais plus ce qui était bien ou mal et la musique était un bon moyen pour me rétablir. Ca m'a pris deux ans pour me ressourcer, la musique m'a aidé, elle m'a permis de me redresser, de me relancer. Tout a commencé quand j'ai entendu Sonny Boy Williamson, j'ai commencé à jouer de l'harmonica. Je ne pensais pas alors pouvoir un jour gagner ma vie avec ça. B.F. : et avant le Vietnam, vous ne vous intéressiez pas à la musique ? C.S. : non, pas du tout, j'ai grandi dans un milieu totalement étranger à la musique ! Je n'avais même aucune idée de ce qu'était un musicien. Je ne connaissais pas de musicien. Et puis, j'ai entendu Sonny Boy Williamson "bye bye bird" sur l'album de Sonny boy Williamson avec les Yardbirds, ce fut une révélation B.F. : c'est l'un des derniers enregistrements de Sonny Boy Williamson... C.S. : oui, je l'ai découvert en 1971. Auparavant, je ne le connaissais pas. B.F. : vous avez enregistré 4 cd ? C.S. : oui, j'ai enregistré 4 disques en tout, 3 cd dont 2 pour le label anglais JSP de John Stedman. Mon premier disque "The raw harmonica blues of Charlie Sayles" date de 1976. L'histoire de ce disque est assez intéressante, alors que je jouais dans la rue à New York, un gars m'a vu dans le bus, il a sauté du bus, a pris mon nom et mes coordonnées, on a passé un hiver à enregistrer chez lui et il en a fait un album. Ca s'est vraiment passé comme ça ! J'ai ensuite enregistré "Night ain't right" et "I got something to say" sur le label JSP dans les années 90. Le cd que je vend aujourd'hui est un live B.F. : les cd JSP, ils ont été enregistrés en Angleterre ou aux USA ? C.S. : on les a enregistrés aux USA et on a envoyé les bandes en Angleterre et après ils ont fait le mixage en Angleterre. Je n'ai pas joué que mes compositions ce soir car les gens aiment bien entendre quelques standards, donc, j'ai joué quelques morceaux de Sonny Boy, mais tous mes disques ne contiennent que mes propres compositions. B.F. : et le dernier, enregistré live, ne fait pas exception ? C.S : oui, ce live contient essentiellement mes compositions avec seulement deux reprises sur 11 titres. B.F. : est-ce la première fois que vous jouez en France ? C.S. : non, je suis déjà venu il y a 3 ans, au Quai du blues. B.F. : cette année, en dehors de ces 2 week end au Quai du blues, vous avez une tournée de prévue? C.S : oui, on va jouer en Allemagne et en Belgique avant de revenir ici dans une semaine. Je ne suis encore jamais allé en Belgique mais je suis déjà venu 5 fois en Europe depuis 1991. B.F. : vous allez jouer où en Belgique ? au Banana Peel ? C.S. : non, on doit jouer dans un festival, je ne sais pas où précisément, dans une petite ville je crois... En Allemagne, on va jouer à Berlin et Hambourg. B.F. : que pensez vous du public français ? C.S. : excellent !!! B.F. : même ce soir ? (il y avait peu de monde pour cause de vacances scolaires). C.S. : oui, même ce soir. Même s'il n'y avait qu'une seule personne, ça n'a pas d'importance parce que sur scène, on ne voit pas le public, on est juste concentré sur notre musique et ce soir, je me suis senti bien. En tant que musicien, le fait qu'il y ait peu de monde n'a pas beaucoup d'importance, par contre pour le club, c'est plus ennuyeux. B.F. : deux chanteuses vous ont accompagné ce soir, qu'est-ce que vous en pensez ? C.S. : c'était une grande première pour moi et j'ai adoré ! ça me change. B.F. : la première était une véritable chanteuse de blues, la deuxième, pas vraiment, ça ne vous a pas gêné ? C.S. : quand on est musicien, quelles que soient les circonstances, on se doit de faire de notre mieux, de faire le maximum pour satisfaire le public. B.F. : ce soir, vous avez été accompagné par des musiciens locaux, avez-vous eu du temps pour répéter avec le groupe avant le concert? C.S. : non, il n'y a eu aucune répétition. C'était la première fois ce soir que nous jouions ensemble. Ce n'est pas évident, surtout qu'on doit jouer 3 heures au total de 2 sets ! B.F. : en Belgique et en Allemagne, vous jouez avec le même groupe ou avec des musiciens locaux ? C.S. : avec des musiciens locaux à chaque fois. B.F. : Tony, pouvez-vous vous présenter brièvement, ça fait combien de temps que vous jouez ensemble ? Tony Fazio ; j'ai 28 ans, je suis originaire du Maryland et je suis le guitariste de Charlie Sayles depuis 3 ans et demi, bientôt 4. Avant de jouer avec Charlie, j'ai joué dans de nombreux groupes depuis l'âge de 10 ans. C'est ce qui m'a permis de trouver mon style. C.S. : je vais ajouter une chose: Tony est le meilleur musicien avec lequel j'ai joué. Le MEILLEUR, c'est pour cela que je l'appelle Tony "the legend" Fazio. C'est très important pour un leader d'avoir dans son groupe au moins un musicien avec qui on a l'habitude de jouer. C'est le cas de Tony. B.F. : Merci beaucoup.